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Equilibrer féminin et masculin dans le système monétaire

10 Oct

Notre système monétaire meurt par manque de féminité…

Le nouveau Lietaer est sorti ! Il est chaud, il est beau ! Bernard Lietaer a encore frappé, et fort encore une fois.

Son « nouveau » livre s’intitule Au cœur de la monnaie / Systèmes monétaires, inconscient collectif, archétypes et tabous (aux éditions Yves Michel). « Nouveau » entre guillemets car il s’agit de la traduction française – par Michel Ickx – de son livre Mysterium Geld: Emotionale Bedeutung une Wirkungsweise eines Tabus paru en … 2000 ! Mais qu’importe, le manque est réparé.

Un gros beau livre, bien lourd (très lourd…!) préfacé par la Princesse Constance de Polignac, grande amie de Pierre Rabhi, avec pleins d’images, de schémas, c’est alléchant. Et on n’est pas déçu par le contenu…

Ici, pas de considération économique, de technicité monétaire, de savants calculs financiers… Bernard Lietaer nous invite à le suivre dans une enquête qu’il mène, pour laquelle il réunit peu à peu des preuves, des pièces du puzzle, pour prouver (il s’agit de sa thèse centrale) que seule une société se réconciliant avec et intégrant son côté féminin – au sens archétypal du terme – peut apporter la prospérité. Et que cette réintégration du côté féminin est liée à la mise en place d’un éco-système monétaire comprenant 2 types de monnaies :

  • D’une part des monnaies qu’il qualifie de yang, que nous connaissons bien puisque nous vivons dedans. Elles favorisent la compétition, la vitesse, l’efficacité, la logique, l’autorité centrale, etc. mais aussi l’accumulation, la guerre, etc.
  • D’autre part, des monnaies de type yin, qui ont existé et qui ressurgissent à travers le mouvement des monnaies complémentaires – monnaies locales, SEL, etc. -. Ces monnaies-là favorisent la collaboration, la communauté, etc.

Selon Bernard Lietaer, ce n’est pas parce que nous utilisons une monnaie yang que nous connaissons les problèmes monétaires actuels, mais parce que nous utilisons uniquement une monnaie yang et que nous voulons tout faire avec. C’est l’excès qui créé le déséquilibre, les monnaies yang n’étant pas en soit mauvaises.

Et pourtant Bernard Lietaer nous montre que cet excès n’a pas toujours existé. Il y a eu des époques qui ont connu cet équilibre en utilisant à la fois des monnaies de type yang et des monnaies de type yin. Il nous emmène dans un voyage périlleux : au contact de l’inconscient collectif, des archétypes qui sous-tendent nos sociétés. Je ne vous referais pas en quelques lignes sa démonstration – je vous renvoie au livre – mais ce qu’il défend avec brio est le constat suivant suivant :

L’histoire des civilisations montre que le modèle patriarcal, avec son lot de guerres et conquêtes, a peu à peu dominé le monde. Ce modèle patriarcal dominant a entraîné une répression de la féminité. Jusque là, tout va bien, pas de scoop, tout le monde suit.

C’est après que ça devient passionnant : Bernard Lietaer relie ces changements aux systèmes monétaires en place à ces époques. Il pose l’hypothèse que dans les sociétés à tendance patriarcales, seules les monnaies de types yang sont en circulation dans l’économie. Cela entraîne tout son lot de conséquences : phénomènes de compétition, d’autorité centrale, etc. Alors que dans les sociétés où la féminité n’est pas réprimée, où le masculin et le féminin sont relativement plus équilibrés, on trouve un double système monétaire, où une monnaie yang cohabite avec une monnaie de type yin.

1er focus : le cas du Moyen Âge Central

Le Moyen Âge Central (de 1000 à 1290 environ) a a connu une période de prospérité inexpliquée. C’est une période peu connue – on a l’habitude de considérer le Moyen Age comme une période un peu trouble, homogène. C’est l’époque de l’érection de la quasi totalité des cathédrales d’Europe (300 cathédrales, quasiment toutes dédiées à Notre Dame), de la création des grandes universités (La Sorbonne notamment), de la fondation et la construction de plusieurs milliers d’abbayes. C’est à cette époque, selon certains historiens, que la qualité de vie du citoyen fut la plus haute en Europe ! Or, curieusement, cette période a connu une résurgence importante de l’archétype de la déesse mère, au travers du culte marial et surtout du mouvement des vierges noires. C’est une période où le statut de la femme connut une renaissance et une liberté qu’elle n’avait plus depuis longtemps, et qu’elle ne retrouvera plus…

Plus intéressant encore, l’économie à cette époque utilise 2 types de monnaies : des monnaies de type yang, que nous connaissons bien (lingots, bezant, etc.), et d’autres de type yin, « fondantes ». Concrètement, tous les 5 ou 6 ans, les pièces en circulation étaient reprises et réémises moyennant une taxe d’émission (souvent 3 nouveaux deniers pour 4 anciens deniers). Ce système de démurrage décourageait l’accumulation, mais encourageait les échanges et les investissements long terme : si votre monnaie perd de la valeur avec le temps, vous allez l’utiliser rapidement pour faire des investissements : bétail, moulins, greniers, routes, ponts, cathédrales fleurissent à cette période. Ces investissement deviennent donc la norme et non l’exception. L’épargne était possible, elle se faisait simplement sous la forme de biens d’équipement…! La construction des cathédrales notamment est la conséquence directe de ce système monétaire. Cette économie équilibrée permit une prospérité extraordinaire qui bénéficia dans une grande mesure aux petites gens !

Vers 1300, ce mouvement s’arrêta. Le patriarcat reprit ses habits de conquête, la féminité – et donc l’archétype de la déesse mère dans l’inconscient collectif – fut de nouveau écrasée, les monnaies fondantes furent déstabilisées par des abus de ceux qui les frappaient, la guerre amena son lot de famine et de misère, ce qui a jeté l’Europe dans les bras de la peste noire. Fin d’une belle période qui avait réussi à réconcilier et équilibrer ses deux côtés, féminin et masculin.

2ème focus : le cas de l’Égypte ancienne

Il se trouve qu’avant cela, l’Égypte – avant la conquête romaine – était une société à part sur le pourtour méditerranéen : la place de la femme y était importante, à quasi égalité avec celle de l’homme. On peut le voir par le rôle d’Isis dans la religion, par le fait que plusieurs femmes auront le pouvoir en Égypte, mais aussi par de multiples autres aspects moins connus.

Or il se trouve qu’en Égypte, on trouve également la cohabitation de 2 types de monnaies : les monnaies yang, utilisées pour les échanges « internationaux » et pour l’accumulation, et une monnaie yin, sous forme de reçus de stockage sur un morceau de poterie – appelé ostracon. Ce reçu pouvait être utilisé comme moyen de paiement, puisqu’il était la matérialisation d’un produit stocké. Et lorsqu’une personne venait chercher son bien, on lui déduisait le prix du stockage : pour 10 sacs de céréales déposés, une personne ne récupérait que 9 sacs au bout d’un an. On est donc bien dans le même système de monnaie « fondante », qui décourage l’accumulation et favorise la circulation.

Pour Bernard Lietaer – et bien sûr il étaye sa thèse -, le fait que le peuple égyptien reconnaisse sa composante féminine – dans sa religion, dans la place qu’il donne aux femmes dans la société ou même à la tête du royaume – va de pair avec un système monétaire double et explique la grande prospérité du royaume, considéré comme le grenier à grains du monde ancien.

Quelle signification de tout cela pour nous aujourd’hui ?

Bernard Lietaer se penche ensuite sur notre époque, pour mettre en exergue certains phénomènes :

  • D’une part, il observe un développement très fort des monnaies complémentaires, pour la plupart des monnaies yin (souvent fondantes comme beaucoup de monnaies locales, toujours centrées sur leur fonction d’échange et donc inutile à stocker comme les monnaies de crédit mutuel utilisées dans les SEL). Ces monnaies viennent compléter le système monétaire actuel, purement yang, et le rééquilibrer.
  • D’autre part, il propose comme lecture des changements en cours qu’un mouvement général de reconnaissance de notre part féminine est en marche. Cela passe notamment par le mouvement des créatifs culturels, et son importance croissante dans la société, ainsi que par l’évolution de conscience qui va avec.

De cela, il tire l’espoir d’un avenir plus conscient, d’une culture intégrant ses 2 côtés masculin / féminin, avec le système monétaire équilibré qui lui correspond et qui nous amène à une société de prospérité.

En conclusion, que penser de ce livre ?

Personnellement, je l’ai lu d’une traite, comme un roman policier ! Il faut rappeler que Bernard Lietaer est un ancien banquier central et ancien trader. On imagine le chemin personnel qu’il lui a fallu faire pour arriver à écrire un livre comme ça ! Je suis étonné par l’ouverture d’esprit dont il fait preuve ici. Un livre audacieux, donc, brillant.

C’est également un livre très étonnant, liant des éléments inhabituels ensembles : la monnaie et la féminité, la prospérité et le système monétaire en place, etc. Et pourtant, malgré son aspect original, son côté alternatif, on sent intuitivement la justesse de tout ce qui est présenté. La lecture n’est pas seulement intellectuelle, le lecteur est rejoint dans sa propre expérience, dans son propre cheminement personnel.

C’est aussi un livre savant tout en étant accessible, liant le passé, le présent et l’avenir. En plus, c’est un livre optimiste, et par les temps qui courent, cela fait du bien !

Un petit point de vocabulaire pour finir : j’ai appris en le lisant le mot de « surestarie », qui signifie le principe de fonte de la monnaie comme l’expliquait Silvio Gesell. On parle aussi de « démurrage ».

LETS et Time Banks

16 Mai

Historique

Le système des SEL dont j’ai déjà parlé, vient initialement du Canada. C’est en 1983, sur l’île de Vancouver à l’extrême Ouest canadien, que Michael Linton a mis en place le premier LETS – Local Exchange Trading System – qui avait pour vocation de rationaliser le troc entre personnes dans cette région où le chômage sévissait durement.

Cette expérience a finalement fait faillite, mais a eu un retentissement mondial. De nombreux LETS se sont par la suite organisés. C’est ainsi que le premier SEL a été créé en Ariège en 1994, et il y en a aujourd’hui plus de 350 recensés en France.

Les LETS

Un LETS est donc un système d’échange de services et de biens. La communauté s’organise avec un catalogue, où chacun peut inclure ses offres et ses demandes. Les personnes se contactent ensuite quand elles le souhaitent ou qu’elles en ont besoin.

Le système monétaire utilisé est variable selon les LETS :

  • Certains LETS utilisent une monnaie basée sur le temps (une heure de service vaut 60 unités, par exemple) ;
  • D’autres organisent leur monnaie en l’indexant sur la monnaie nationale -mais en fonctionnant sans intérêt -. C’est le propos des LETSystems.
  • D’autres peuvent encore s’organiser différemment… au choix de la communauté.

Le système du Time banking

Même si beaucoup de choses le rapproche du système des LETS, le système du Time Banking est quant à lui beaucoup plus normalisé. La valeur échangée est définie : une heure de service vaut une unité – un time dollar aux Etats-Unis.

Les time banks vont organiser des groupes de volontaires qui joueront volontiers un rôle complémentaire d’agences publiques – services sociaux, de santé, etc. -, là où les LETS seront plus un système à part, souhaitant créer une alternative au système. On aura donc couramment des time banks qui organiseront du bénévolat local – mais pas uniquement, chaque groupe ayant sa propre orientation, sa propre réalité.

Techniquement, les time banks sont organisées avec une personne qui met en relation l’offre et la demande. Si j’ai besoin d’un service, je téléphone à ma banque du temps, qui trouve une personne pouvant y répondre, et qui nous met en relation. Les LETS, comme les SEL en général, fournissent un catalogue, à la charge de chacun de s’organiser.

En général, les time banks embauche au moins une personne – parfois à temps partiel -, ce qui n’est pas le cas des LETS. De plus, les time banks ont un bureau physique là où les LETS n’en ont pas. Elles ont donc souvent besoin de moyens financiers – et de subventions, d’organisation d’événements pour lever des fonds, etc.

Conclusion

J’essaye de catégoriser, de mettre dans des cases 2 systèmes avec 2 histoires différentes. Mais il faut bien voir que selon les terrains, ces différences peuvent être réelles, ou ne pas exister du tout… La diversité et l’adaptation au contexte local restent des clés importantes pour ces systèmes locaux d’échanges.

« Créer des monnaies par millions », un article du Monde

4 Avr

C’était le 19 août 2009 – période de grande audience, me direz-vous -. Le Monde publiait un long article, sous la plume de Hervé Kempf, sur les monnaies complémentaires, libres, sociales.

On y retrouve le WIR, Bernard Lietaer – version cuistot -, Jean-François Noubel, et des allusions au SEL, au SOL, aux monnaies locales en Allemagne, à ce qu’il s’est passé en Argentine, à ce qu’il se passe au Brésil, etc.

Je l’ai personnellement trouvé intéressant. Le fait que le Monde y consacre un grand article – bon, OK, en plein mois d’août… – est quand même une preuve de plus de l’émergence du mouvement.

Lire l’article Créer des monnaies par millions, par Hervé Kempf, le Monde daté du 19 août 2009

Article Les nouvelles monnaies à l’âge de l’accès – PC Expert – juin 2010

23 Mar

Il y a quelque temps, un ami avait partagé le scan d’un article de PC Expert magazine de juin 2010, avec un dossier spécial sur les monnaies… Il est assez généraliste, mais je vous conseille quand même de le lire, parce qu’il reflète bien la diversité de ce que l’on trouve (j’ai l’impression d’une manière générale que les journaux parlent beaucoup des monnaies locales, mais peu des autres…).

L’introduction parle bien des 3 types de monnaies distinctes dont il a été question il y a quelques temps sur ce blog : commerciales (programmes de fidélité), virtuelles (dans les mondes parallèles créés sur internet) et sociales (dont il est question sur 1001monnaies).

On y retrouve les classiques : SEL, WIR, RES, SOL, Chiemgauer – dont je parlerai bientôt -, mais aussi des systèmes moins connus comme le Saber au Brésil ou Moniba au Mali, et d’autres qui ne sont plus très actifs comme les twollars ou les exploracoeurs sur Twitter.

Télécharger l’article « les nouvelles monnaies à l’âge de l’accès » – PC Expert juin 2010 en cliquant sur ce lien

Merci à Dino d’avoir partagé cet article !

Une petite histoire

3 Fév

Vous l’avez déjà peut être (sûrement ?) lu quelque part sur internet, cette histoire, mais au cas où… la voici, à ma sauce, avec mes 2 petites conclusions.

La petite histoire
Il était une fois un petit village à l’ambiance morose où les gens ne s’entendaient pas très bien.
Un jour, une femme étrangère au village se gare dans une belle voiture de sport devant l’hôtel-restaurant de la place principale. Elle y entre et demande :
« J’aimerais réserver une chambre pour les prochains jours ». Et en guise d’acompte, elle pose sur le comptoir un billet de 200 EUR. Puis elle s’en va.
Aussitôt, le tenancier de l’hôtel va chez le boucher-traiteur avec le billet, et lui dit : « tiens, je te devais 200 EUR, les voici ». Le boucher-traiteur les prend, et court aussitôt chez l’éleveur du village, et lui dit : « tiens, je te devais 200 EUR, les voici ». L’éleveur prend le billet, court chez le paysan, et lui dit : « je te devais de l’argent, tiens, voilà 200 EUR ». Le paysan court avec le billet voir la fille de joie du village, et lui dit : « voilà les 200 EUR que je te dois, prends-les ! ». Et cette dernière d’aller voir le tenancier de l’hôtel restaurant : « je viens régler ma dette. Tiens, voilà les 200 EUR que je te dois ».
Quelques minutes plus tard, la femme riche revient à l’hôtel, et dit : « je viens d’avoir un appel, je dois rentrer chez moi… Redonnez-moi mon acompte, j’annule ma réservation ». Le tenancier de l’hôtel lui rend son billet. Elle prend alors son briquet, et brûle le bout de papier en disant : « de toute façon, c’était un faux… ».

Conclusions
Que penser de cette histoire…??? Personnellement, je retiens 2 choses :

  • D’une part, l’argent est une question de confiance. Si j’ai confiance dans un morceau de papier, pour ce qu’il représente, je peux l’utiliser comme référent pour des échanges – comme les gens du village ont utilisé un faux billet pour régler leurs dettes. Les monnaies complémentaires sont exactement pareil : si on a confiance dans le système (de SEL, de monnaie locale, etc.), on peut tout à fait utiliser ce vecteur comme un moyen d’échange, au même titre que les euros.
  • D’autre part, cette histoire est une illustration d’une notion très importante dont j’ai déjà parlé (c’est la raison n°4 d’utiliser les monnaies locales) : la vélocité de la monnaie. Une monnaie qui stagne, qui ne s’échange pas, c’est exactement ce qui se passe au démarrage dans ce village : pas d’échange possible. Par contre, l’arrivée du billet de 200 EUR permet de revitaliser l’économie du village. Tout à coup, l’argent tourne ! Et c’est ça qui, finalement, est important. Il vaut mieux qu’il y ai à un endroit peu d’argent qui tourne beaucoup, plutôt que beaucoup d’argent bloqué à quelques endroits (toute ressemblance avec une certaine crise, un certain système bancaire ou autre ne serait que purement fortuite…). Le mieux étant qu’il y ait beaucoup d’argent qui tourne beaucoup (!), assurant par là la fluidité des échanges. Cette fluidité pouvant être assurée par la mise en place d’une monnaie dite « suffisante », comme c’est le cas avec le système de crédit mutuel des SEL.

Grains de SEL

20 Jan

Quand on me demande : « c’est quoi, les monnaies complémentaires ? », je prends une grande inspiration et je dis très vite : « en deux mots, et pour faire simple, ce sont des systèmes privés qui utilisent une monnaie particulière en interne pour échanger des biens et des services ». [Petit silence. Parfois, il ne se passe rien, mais j’ai souvent soit des yeux qui s’écarquillent, soit des sourcils qui se froncent].

J’enchaîne assez vite : « tu as déjà entendu parler des SEL ? Les Systèmes d’Echange Locaux ? Et bien, c’est je pense le système de monnaie complémentaire le plus simple et le plus évident ». Là, en général, la personne respire un peu mieux, soulagée de ne pas être embarqué dans une discussion technico-financière imbuvable.

D’expérience, les SEL sont donc le moyen le plus simple, parce que très concret, d’appréhender les monnaies complémentaires. Il n’en est qu’un élément, mais un élément important selon moi, par la prise de conscience dont il peut être à l’origine.

Pour ceux qui ne connaissent pas ou qui en ont qu’une vague idée, de quoi s’agit-il ?

Simplement, et sans vous faire un historique de 20 km ou une thèse, il s’agit d’associations de voisinage, où chaque adhérent apporte quelque chose qu’il sait faire (commençons par les services). Roger sait (et aime) réparer les vélos, André est un utilisateur informatique averti, Rosy aime jardiner, etc. Chacun recherche également de l’aide pour certaines choses : Antoine et Sylvie aimeraient que quelqu’un les aide à garder leur enfant ponctuellement, Christine aimerait apprendre l’anglais (ou la cuisine ou la couture), etc. Toutes ces offres et ces demandes sont diffusées à l’ensemble des membres de l’association, avec la liste de contacts des membres, et c’est parti !

  • J’ai un jardin qui ne ressemble à rien, et je n’ai aucune compétence : j’appelle Rosy, qui va m’aider.
  • J’ai un vieux vélo dans mon garage, que j’utiliserai bien : allo ? Roger ? pourrais-tu me filer un coup de main ?
  • Et je peux être sollicité pour un coup de main, pour ce que je propose ou pour autre chose (quelqu’un du SEL qui déménage et qui a besoin de bras, par exemple).

Et le lien avec les monnaies complémentaires ?? Et bien, c’est qu’on se paye entre nous ces services avec une monnaie interne, qu’on appelle comme on veut (appelons-la des Grains de SEL). Les SEL fonctionnent en général à ce niveau avec 2 principes :

  • Une heure = 60 unités (Grains de SEL). C’est facile, comme ça, de comptabiliser le temps passé à un service.
  • Une heure d’une personne = une heure d’une autre personne, quelle que soit la compétence proposée. Ainsi, une heure de garde d’enfants sera rémunérée 60 Grains de SEL, tout comme une heure de bricolage électrique (alors qu’au « prix du marché », une heure de baby-sitting vaut bien moins qu’une heure d’un électricien…).

Toutes ces transactions sont comptabilisées selon un système aussi simple que génial : on l’appelle techniquement le « crédit mutuel » (absolument rien à voir avec la banque du même nom…). Si je te rends service pendant une heure, tu as -60 sur ton compte et moi, j’ai +60. Si après, quelqu’un me rend service pendant 2 heures, je tombe à -60 (+60 – 120) alors que mon bienfaiteur sera à +120. Simple, non ??

Mais en quoi cela est-il génial, allez-vous me dire ?? Et bien, tout simplement, c’est que dans un tel système, il y a autant d’argent que de besoin d’échanger !! Imaginez un quartier, ou un village, qui a très peu de billets d’euros en circulation. Les gens sont très limités dans leurs possibilités d’échanges. Si l’un d’eux n’a pas d’argent, mais a des besoins, et bien il ne lui reste plus qu’à se mettre en chasse pour avoir de l’argent pour pouvoir espérer couvrir ses besoins… en espérant que ceux-ci ne soient pas trop pressants !!

Alors que dans le système de crédit mutuel, il n’y a pas une masse d’argent limitée. Si dans le village, les gens veulent faire 100 000 transactions dans la même journée, pas de problème ! C’est possible !! La monnaie est dite « suffisante ».

Je reviendrai régulièrement sur les SEL dans ce blog, car je trouve ce système si simple tellement intéressant ! A noter que je suis l’heureux membre de 2 SEL dans ma région : l’Arbre à SEL, sur Villeneuve-d’Ascq, et le SEL de l’Union, sur Roubaix-Tourcoing-Wattrelos.

Vous pouvez trouver toute l’information dont vous rêver sur les SEL, sur le site de SEL’idaire http://selidaire.org/

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