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Les monnaies fondantes

19 Mar

Quand on crée un système monétaire, on peut en choisir les règles, et éviter de reproduire les limites du système monétaire dans lequel nous vivons – entre autres problèmes, je vous renvoie au film The Money Fix, qui explique si bien le problème de l’argent dette et du taux d’intérêt.

Le taux d’intérêt est justement une des règles sur lesquelles on peut jouer, car elle a des effets pervers. Pourquoi vit-on dans un monde où garder l’argent pour soi, sans le faire circuler, rapporterai de l’argent ? Cela incite à bloquer les moyens d’échange… De plus, les taux d’intérêt limitent l’investissement dans l’économie réelle.  Par exemple, si je dois faire un investissement, je calcule combien l’argent employé pour cet investissement me rapporterai si je le plaçais sans risque. Si le placement sans risque me rapporte plus que l’investissement, alors je ne le fais pas. Logique, non ? Mais le problème, c’est qu’avec un tel raisonnement, il y a des masses énormes d’argent stockées à ne rien faire, qui ont quitté l’économie réelle pour rejoindre la sphère financière.

Et pourquoi ne pas inverser les choses ? Dire qu’au contraire, l’argent perd de sa valeur au fur et à mesure du temps ? Une sorte d’intérêt négatif, en quelque sorte.

Imaginons que vous soyez à la tête d’une petite entreprise. Dans le système actuel, vous essayez de payer vos fournisseurs le plus tard possible pour garder de la trésorerie, vous faites des investissements le plus tard possible, etc. Et si l’argent sur votre compte en banque perdait de la valeur avec le temps, vous feriez quoi ? Vous payeriez vos fournisseurs immédiatement. Vous feriez les investissements dès que possible. Vous payeriez même vos impôts en avance !

Et bien, ce système de monnaie fondante existe, fonctionne très bien et donne des résultats absolument surprenant.

L’inventeur des monnaies fondantes s’appelle Silvio Gesell (1862-1930). Il publie en 1916 son ouvrage phare : l’ordre économique naturel, dans lequel il expose sa théorie de ce qu’il appelle à l’époque les « monnaies franches ». C’est son activité de commerce en Argentine, à Buenos Aires, alors que le pays est en proie à des crises économiques importantes, qui le fait réfléchir sur la structure de la monnaie et du capitalisme en général.

Pour faire court, il part du constat que dans la nature, tout se détériore, mais que l’argent obéit à une loi inverse. Cela incite a stocker l’argent, et donc à le retirer du circuit économique. A l’opposé, un argent qui se détériore avec le temps devient « libre » (« Freigeld »), puisque les acteurs économiques ne le retiennent pas. Il devient disponible pour les échanges, et ne subit pas de phénomène d’accumulation. Simple, non ? Naturel, non ? – d’où le nom de son livre « l’ordre économique naturel » -. On en pleurerait tellement cela semble évident… Pourtant, nous vivons depuis longtemps dans un monde monétaire inverse !

Les monnaies fondantes ne sont pas qu’une théorie. Elles ont été expérimentées après la crise de 1929, quand le monde souffrait tant au niveau économique et monétaire. Plusieurs expériences sont connues, la plus documentée étant certainement celle de Wôrgl, en Autriche. Elle a durée environ une année, a donné des résultats surprenants, avant d’être interdite par les autorités du pays.

On peut sentir, avec les monnaies complémentaires, une renaissance des idées de Silvio Gesell. De nombreuses monnaies locales sont en effet fondantes, pour éviter qu’elles ne soient accumulées et être sûr qu’elles circulent. Cela rejoint la petite histoire que je racontais, qui montre bien que l’argent, quand il circule, a un pouvoir très fort sur l’économie, alors que sa stagnation est extrêmement dommageable.

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