Tag Archives: monnaie complémentaire

La multiplication des monnaies locales en France

29 Avr

En plus des abeilles et de l’occitan, les monnaies locales continuent leur diffusion en France… Le mouvement, qui est promu notamment par Philippe Derruder, prend de l’ampleur. Il est initié en général par des associations locales, et parfois par des collectivité – comme à Toulouse, Nanterre, ou Fontainebleau.

  • D’ici quelques semaines, la Mesure circulera à Romans Bourg de Péage
  • La Commune est en mode pilote à Roanne
  • Les lucioles en Ardèche devraient s’envoler d’ici peu
  • Toulouse met en place le SOL Violette, en mai, avec une quarantaine de commerces…
  • Angers prépare également une monnaie locale, l’écHo. Quelques articles à propos de la préparation de ce projet.
  • A Aubenas, c’est la Bogue qui se prépare
  • En Lorraine, le Déodat est en cours d’élaboration.
  • Annemasse, le Havre, Nanterre, Fontainebleau, etc. sont en pleine définition de projet…

On devrait bientôt arriver à avoir une monnaie par ville, à ce rythme-là !! Par contre, je me demande quel volume va atteindre chacune de ces monnaies. Vont-elles rester un peu confidentielles, limitées à quelques militants ? C’est probable pour la plupart d’entre elles…

A noter qu’un très bon site s’est ouvert sur le sujet des monnaies locales en France, vous pouvez y trouver beaucoup d’informations : http://monnaie-locale-complementaire.net/. Il est en cours de rassemblement de contenu. Si vous avez des informations sur des projets locaux, n’hésitez pas à prendre contact avec eux pour qu’il devienne un site de référence sur le sujet !

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L’épopée du trueque argentin

18 Avr

Les clubs de troc (qui ne sont ni des clubs, ni du troc !, dixit Heloisa Primavera, qui a été très impliquée dès le début dans l’aventure) sont nés dès 1995 en Argentine. Il s’agit plus ou moins de la création de marchés locaux où les denrées et les services s’échangent avec une monnaie complémentaire, le credito.

Vous devez vous souvenir de la crise extraordinaire, à la fois politique et financière, qu’a traversé l’Argentine en 2001 ? Beaucoup d’argentins ont à ce moment-là tout perdu… Logiquement, cela a été le pic d’utilisation des clubs de troc : 2,5 millions de personnes vivant grâce à ce système !

Malheureusement, la montée en puissance de ces clubs a été trop rapide, et de nombreuses malversations vont entraîner leur chute brutale… A partir de 2002, la surémission de creditos conduit à une inflation galopante, les clubs connaissent des histoires de corruption, d’abus de pouvoir, etc. Ils vont quasiment disparaître en quelques mois.

Je vous conseille de lire la newsletter de TAOA sur le sujet, ainsi que tous les articles qui y sont rattachés (les liens sont dans la newsletter). TAOA a mené l’enquête sur place, de novembre 2010 à janvier 2011, et nous met à disposition leurs découvertes – merci notamment pour tous les non-hispanophones ! Ces articles nous permettent de revivre tout ce mouvement extraordinaire, qui donne à réfléchir aujourd’hui, autant dans sa croissance que dans sa chute.

Bernard Lietaer

7 Mar

Dans le domaine des monnaies alternatives (complémentaires, sociales, libres, etc.), 2 hommes m’ont plus particulièrement influencé. Il s’agit de Jean-François Noubel, dont j’ai déjà parlé, et de Bernard Lietaer.

J’ai d’abord rencontré Bernard à travers ses écrits. Il partage ses documents, anglais, français et dans d’autres langues, sur son site www.lietaer.com. Je vous reparlerai de ses livres, car je compte fiare quelques fiches de lectures sur ce blog.

Bernard est à l’origine banquier central, en Belgique. Il participe à la création de l’ECU, qui a posé les bases de l’euro. C’est dans ce cadre-là, au cœur du système monétaire, qu’il prend conscience des limites systémiques de la machine et du fait qu’elle ne peut fonctionner sur le long terme. Il décide de démissionner de la Banque nationale de Belgique (la banque centrale belge), et devient consultant et professeur dans plusieurs universités américaines. Il est également trader entre 1987 et 1991, pour un fonds monétaire dédié à l’environnement.

Bernard, par la légitimité qui se dégage de son parcours, par les idées originales qu’il a mises en avant, et aussi par sa simplicité et sa sagesse, est certainement une des personnes les plus écoutées dans le petit monde des monnaies complémentaires. Il intervient régulièrement dans des rencontres, et vous pouvez trouver une multitude de vidéos de lui sur YouTube, Dailymotion et autres (mais la plupart sont en anglais…).

Une petite interview d’octobre 2010 de Bernard Lietaer, assez généraliste et intéressante, où il parle du système monétaire actuel, puis du C3 (dont je dois également parler), du WIR, etc. Entrepremière: Bernard Lietar et les monnaies alternatives – RTBF Economie.

The Money Fix, un film à voir et à revoir

2 Mar

Vodpod videos no longer available.

The Money Fix est un film d’Alan Rosenblith. Vous trouverez l’original de la vidéo et toutes les informations autour de ce film sur le site de The Money Fix (en anglais). Attention, il dure 1h20 ! Mais ce ne sera pas du temps perdu.

J’aime particulièrement dans ce film l’introduction, où on voit des personnes ordinaires parler de leurs angoisses face à l’argent. Difficile de ne pas se reconnaître…

La partie suivante, sur la création monétaire et la problématique du taux d’intérêt dans notre système monétaire, est très bien faite. En 30 minutes, on a une explication très didactique du monde dans lequel on vit – et de son absurdité.

Ensuite, le film explique les implications du système : phénomène de rareté, de peur du manque, la compétition qu’il engendre, le problème de l’emploi… Tout cela est créé par notre système monétaire…!!

Arrivent ensuite une partie (à partir de la 50ème minute) sur les monnaies locales, puis (minute 60) sur le crédit mutuel (ce système aussi simple que génial, qui est utilisé dans les SEL), et enfin sur le bartering – le « troc » entre entreprises, qui concernait aux Etats-Unis 240 000 entreprises et l’équivalent de 30 milliards de USD au moment du film.

Parler de tout ça en 1h20, c’est bien un challenge. The Money Fix est vraiment un film didactique, qui montre les problèmes, donne des ouvertures, permet de réfléchir (j’aime bien les parallèles avec la nature qui reviennent tout au long du film). Vraiment, à voir et à revoir, à montrer et partager…

Conférence internationale sur les monnaies sociales et complémentaires, Lyon

20 Fév

Je suis rentré hier d’un événement important dans le monde des monnaies complémentaires : 3 jours à Lyon, durant lesquels environ 200 praticiens et académiques se sont réunis sur le thème « 30 années de monnaies sociales et complémentaires, et après ? ».

L’événement comprenait trois rendez-vous :

Ces 3 jours se sont déroulés de manière assez classique, entre séances plénières et ateliers. Je ne vais pas tout vous raconter, d’autant plus que vous pouvez trouver la plupart du matériel (les papiers universitaires, et bientôt les synthèses, et on nous a même promis des vidéos), mais plutôt faire quelques remarques plus personnelles, en vrac :

  • Déjà, c’était bien sûr un moment assez extraordinaire, avec beaucoup de personnes de tous les pays. L’Europe était très représentée, logique vue les plus faibles distances, mais aussi l’Amérique Latine, foyer important des monnaies sociales, l’Asie – notamment l’Indonésie et le Japon -, l’Afrique – Afrique du Sud et Kenya -. Il ne manquait que les pays arabes, et je serais d’ailleurs intéressé de savoir s’il y a des projets dans le monde arabe ou non, car je n’en ai jamais entendu parler.
  • J’ai découvert quelques systèmes que je ne connaissais pas, et que je me ferais un plaisir de vous présenter un peu plus tard… un projet à Rotterdam, les buckaroos aux Etats-Unis, etc.
  • On pouvait sentir une forte volonté de partager, de publier de l’information. Il a été fait la promotion de journaux sur les monnaies, de sites ressources, lancement de blogs, etc. C’est une bonne nouvelle de sentir qu’on a des choses à dire et à partager, que les outils se mettent en place, et que nous sommes dans un secteur non concurrentiel où chacun donne ce qu’il sait et reçoit des autres ce qu’ils savent.
  • Un questionnement des pouvoirs publics, avec la participation de la région Rhône Alpes, du Grand Lyon (communauté d’agglomérations), etc., ce qui est une bonne chose. Il est essentiel, pour pouvoir changer d’échelle, qu’ils s’impliquent, d’abord en comprenant le secteur et ses enjeux, mais aussi en soutenant directement les projets.
  • Un très bon esprit de tous les participants, avec une bonne écoute, un respect des projets de chacun, etc
  • Je suis assez heureux de voir qu’on n’emploie pas forcément le même vocabulaire, mais que globalement, on se comprend ! Ça n’était pas gagné d’avance…
  • Heureux de voir également que la distance entre universitaires et praticiens, même si elle existe, n’est pas si grande que ça (et en tout cas moins grande que ce que j’ai pu constater dans le monde de la microfinance). Ainsi, beaucoup des universitaires pratiquent ou ont pratiqués des systèmes de monnaies complémentaires (les SEL notamment).
  • L’impression que beaucoup de choses ont été faites (il existe déjà des logiciels et des plateformes web pour gérer des systèmes de monnaies complémentaires, beaucoup de papiers universitaires ont été écrits, des projets de réplications de certains systèmes ont été menés, etc.)
  • Un gros manque de recul – mais c’est normal ! – sur les différents systèmes, leur efficacité. La plus grande partie des initiatives sont très jeunes.
  • Encore très peu de lien entre les monnaies complémentaires et la microfinance, alors que ce sont 2 secteurs qui pourraient tellement se renforcer l’un l’autre. Il n’existe que l’expérience des banque communautaires au Brésil et dernièrement, le Chiemgauer en Allemagne, qui font des microcrédits en monnaies complémentaires. J’attends avec impatience qu’une étincelle se produise, et que la microfinance découvre ce monde des monnaies sociales.
  • La satisfaction de découvrir des systèmes en Afrique – un continent qui m’est cher – : le Community Exchange System en Afrique du Sud, que je connaissais déjà mais dont je n’avais pas mesuré l’ampleur, des initiatives au Kenya, un projet au Mali, et sûrement d’autres.

Bref, avec tout ça, j’ai de la matière pour alimenter ce blog pendant quelques mois / années…! et c’est tant mieux.

3 catégories de monnaies : lucratives, complémentaires et virtuelles

14 Fév

Il y a quelques temps, je suis tombé sur un article très éclairant, qui date de 2007, qui fait une distinction importante que j’utilise beaucoup. Je vous invite à le lire ! Son auteur, Valérie Peugeot, distingue 3 types de monnaies :

  1. Les monnaies lucratives, commerciales, qui sont essentiellement des outils de fidélité : les « miles » d’Air France, les « s’miles », les points Carrefour ou Auchan, etc. qui permettent d’acheter des biens ou des services parmi un catalogue prédéfini. L’objectif : fidéliser pour vendre plus. Rien de nouveau, sauf que monsieur et madame tout le monde ne se rend pas forcément compte que c’est un type de monnaies à part entière.
  2. Les monnaies complémentaires, alternatives, sociales ou solidaires. Objectif : participer à une transformation de l’économie et de la finance. C’est le sujet de ce blog, c’est un secteur en croissance exponentielle, je pourrais me mettre à blogger à plein temps sans problème…
  3. Les monnaies virtuelles : une véritable vague de fond arrive également de ce côté-là. Tous les mondes virtuels et les jeux du type Second Life, World of Warcraft, etc. qui apparaissent en masse sur Internet – souvent au plus grand dam des parents persuadés que leur progénitures en en train de se couper de la réalité -, et qui permettent de se connecter en réseau et d’interagir via des personnages et des avatars, tous ces mondes ont leurs propres économies basées sur des monnaies particulières : le linden dollar dans le cas de Second Life, les gold pour World of Warcraft. Ces monnaies permettent de s’acheter des biens virtuels (une épée, une armure pour les jeux) ou d’ouvrir une boutique (pour Second Life et d’autres). L’article explique notamment comment Second Life a créé un marché de change entre le Linden Dollar et le dollar, et joue véritablement un rôle de banque centrale, maîtrisant l’inflation de leur monnaie… Sur le site IGE, vous pouvez acheter un bon paquet de monnaies virtuelles avec vos euros (j’ai fait le test pour l’exemple : 40 000 gold pour la Demon Soul faction vous en coûtera 146,99 US dollars…).

C’est surtout la distinction entre les 3 types de monnaies qui m’a plu dans cet article. Je ne connais pas assez les monnaies virtuelles pour savoir comment elles ont évoluées depuis 2007, mais il est sûr que le système monétaire et financier tel que nous le connaissons est en train de connaître une révolution profonde !

Voir l’article « Aux antipodes des monnaies complémentaires : les monnaies virtuelles »

TAOA, une équipe à la rencontre des monnaies sociales

11 Fév

Parmi les aventuriers des monnaies, une équipe s’est constituée l’année dernière pour monter le projet TAOA : There Are Other Alternatives. Leur projet : faire connaître au monde les monnaies sociales.

Pour cela, ils ont imaginé un projet en trois étapes :

  • 2011 : Voyage en Amérique Latine, à la rencontre de ce continent sur lequel tant de projets sont actifs. Leur programme est très chargé ! : les clubs de troc en Argentine – qui ont joué un rôle si important pendant la crise de 2001-2002, le C3 en Uruguay pour l’appui aux PME – c’est là où ils sont en ce moment -, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, la monnaie SUCRE en Equateur et au Venezuela, et les banques communautaires du Venezuela et du Brésil… Cette partie du projet doit (bien) les occuper jusqu’à la fin de l’année 2011.
  • 2012 : Retour en France, avec un an de travail sur la promotion des monnaies sociales. Leur objectif est de parler et faire parler des monnaies, d’expliquer ce qu’ils ont vu et étudié en Amérique Latine, afin de susciter des projets ici. Ils sont déjà lié au projet de la Maille, un SEL créé par le WWF France et GoodPlanet (fondation créée par Yann Arthus Bertrand).
  • 2013 : Voyage d’un an en Asie. Cette partie du projet semble moins définie, mais j’imagine qu’il y a déjà assez à faire et que les choses s’éclairciront d’ici-là.

Les aventuriers sont tous les 3 de jeunes trentenaires – Anne-Cécile Ragot, Matthieu Vachez et Nabil Rabhi pour les nommer – qui ont quitté leur job pour se lancer dans cette aventure. Ils ont donc créé une association loi 1901, obtenu des partenariats, ont embarqué dans leur bateau un parrain, Patrick Viveret, et les voilà en route !

N’hésitez pas à les suivre, vous abonner à leur newsletter sur leur site, et à consulter leur page Facebook. On attend avec impatience leurs nouvelles et leur retour !

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