Tag Archives: Bernard Lietaer

On parle d’Au coeur de la monnaie de Bernard Lietaer

13 Oct

Suite à la sortie du livre Au cœur de la monnaie (éditions Yves Michel), Bernard Lietaer a été interrogé par différents journalistes, notamment radio.

Etienne Hayem, alias Zoupic, de l’agence Emmapom qui s’est occupé de la promotion du livre, a répertorié ces émissions, et je voulais les partager avec vous :

A noter également:

A venir également, quelques retombées presse.

Je laisse le mot de la fin à Etienne, sur une remarque intéressante : « Pour les rencontres avec les journalistes, c’est intéressant de voir comment chacun répond et échange à un niveau de conscience propre à sa compréhension du moment. Tous les niveaux sont nécessaire pour faire passer le message mais la profondeur du discours de Bernard a varié largement selon les interlocuteurs. »

Bonne écoute et bonne lecture !

Equilibrer féminin et masculin dans le système monétaire

10 Oct

Notre système monétaire meurt par manque de féminité…

Le nouveau Lietaer est sorti ! Il est chaud, il est beau ! Bernard Lietaer a encore frappé, et fort encore une fois.

Son « nouveau » livre s’intitule Au cœur de la monnaie / Systèmes monétaires, inconscient collectif, archétypes et tabous (aux éditions Yves Michel). « Nouveau » entre guillemets car il s’agit de la traduction française – par Michel Ickx – de son livre Mysterium Geld: Emotionale Bedeutung une Wirkungsweise eines Tabus paru en … 2000 ! Mais qu’importe, le manque est réparé.

Un gros beau livre, bien lourd (très lourd…!) préfacé par la Princesse Constance de Polignac, grande amie de Pierre Rabhi, avec pleins d’images, de schémas, c’est alléchant. Et on n’est pas déçu par le contenu…

Ici, pas de considération économique, de technicité monétaire, de savants calculs financiers… Bernard Lietaer nous invite à le suivre dans une enquête qu’il mène, pour laquelle il réunit peu à peu des preuves, des pièces du puzzle, pour prouver (il s’agit de sa thèse centrale) que seule une société se réconciliant avec et intégrant son côté féminin – au sens archétypal du terme – peut apporter la prospérité. Et que cette réintégration du côté féminin est liée à la mise en place d’un éco-système monétaire comprenant 2 types de monnaies :

  • D’une part des monnaies qu’il qualifie de yang, que nous connaissons bien puisque nous vivons dedans. Elles favorisent la compétition, la vitesse, l’efficacité, la logique, l’autorité centrale, etc. mais aussi l’accumulation, la guerre, etc.
  • D’autre part, des monnaies de type yin, qui ont existé et qui ressurgissent à travers le mouvement des monnaies complémentaires – monnaies locales, SEL, etc. -. Ces monnaies-là favorisent la collaboration, la communauté, etc.

Selon Bernard Lietaer, ce n’est pas parce que nous utilisons une monnaie yang que nous connaissons les problèmes monétaires actuels, mais parce que nous utilisons uniquement une monnaie yang et que nous voulons tout faire avec. C’est l’excès qui créé le déséquilibre, les monnaies yang n’étant pas en soit mauvaises.

Et pourtant Bernard Lietaer nous montre que cet excès n’a pas toujours existé. Il y a eu des époques qui ont connu cet équilibre en utilisant à la fois des monnaies de type yang et des monnaies de type yin. Il nous emmène dans un voyage périlleux : au contact de l’inconscient collectif, des archétypes qui sous-tendent nos sociétés. Je ne vous referais pas en quelques lignes sa démonstration – je vous renvoie au livre – mais ce qu’il défend avec brio est le constat suivant suivant :

L’histoire des civilisations montre que le modèle patriarcal, avec son lot de guerres et conquêtes, a peu à peu dominé le monde. Ce modèle patriarcal dominant a entraîné une répression de la féminité. Jusque là, tout va bien, pas de scoop, tout le monde suit.

C’est après que ça devient passionnant : Bernard Lietaer relie ces changements aux systèmes monétaires en place à ces époques. Il pose l’hypothèse que dans les sociétés à tendance patriarcales, seules les monnaies de types yang sont en circulation dans l’économie. Cela entraîne tout son lot de conséquences : phénomènes de compétition, d’autorité centrale, etc. Alors que dans les sociétés où la féminité n’est pas réprimée, où le masculin et le féminin sont relativement plus équilibrés, on trouve un double système monétaire, où une monnaie yang cohabite avec une monnaie de type yin.

1er focus : le cas du Moyen Âge Central

Le Moyen Âge Central (de 1000 à 1290 environ) a a connu une période de prospérité inexpliquée. C’est une période peu connue – on a l’habitude de considérer le Moyen Age comme une période un peu trouble, homogène. C’est l’époque de l’érection de la quasi totalité des cathédrales d’Europe (300 cathédrales, quasiment toutes dédiées à Notre Dame), de la création des grandes universités (La Sorbonne notamment), de la fondation et la construction de plusieurs milliers d’abbayes. C’est à cette époque, selon certains historiens, que la qualité de vie du citoyen fut la plus haute en Europe ! Or, curieusement, cette période a connu une résurgence importante de l’archétype de la déesse mère, au travers du culte marial et surtout du mouvement des vierges noires. C’est une période où le statut de la femme connut une renaissance et une liberté qu’elle n’avait plus depuis longtemps, et qu’elle ne retrouvera plus…

Plus intéressant encore, l’économie à cette époque utilise 2 types de monnaies : des monnaies de type yang, que nous connaissons bien (lingots, bezant, etc.), et d’autres de type yin, « fondantes ». Concrètement, tous les 5 ou 6 ans, les pièces en circulation étaient reprises et réémises moyennant une taxe d’émission (souvent 3 nouveaux deniers pour 4 anciens deniers). Ce système de démurrage décourageait l’accumulation, mais encourageait les échanges et les investissements long terme : si votre monnaie perd de la valeur avec le temps, vous allez l’utiliser rapidement pour faire des investissements : bétail, moulins, greniers, routes, ponts, cathédrales fleurissent à cette période. Ces investissement deviennent donc la norme et non l’exception. L’épargne était possible, elle se faisait simplement sous la forme de biens d’équipement…! La construction des cathédrales notamment est la conséquence directe de ce système monétaire. Cette économie équilibrée permit une prospérité extraordinaire qui bénéficia dans une grande mesure aux petites gens !

Vers 1300, ce mouvement s’arrêta. Le patriarcat reprit ses habits de conquête, la féminité – et donc l’archétype de la déesse mère dans l’inconscient collectif – fut de nouveau écrasée, les monnaies fondantes furent déstabilisées par des abus de ceux qui les frappaient, la guerre amena son lot de famine et de misère, ce qui a jeté l’Europe dans les bras de la peste noire. Fin d’une belle période qui avait réussi à réconcilier et équilibrer ses deux côtés, féminin et masculin.

2ème focus : le cas de l’Égypte ancienne

Il se trouve qu’avant cela, l’Égypte – avant la conquête romaine – était une société à part sur le pourtour méditerranéen : la place de la femme y était importante, à quasi égalité avec celle de l’homme. On peut le voir par le rôle d’Isis dans la religion, par le fait que plusieurs femmes auront le pouvoir en Égypte, mais aussi par de multiples autres aspects moins connus.

Or il se trouve qu’en Égypte, on trouve également la cohabitation de 2 types de monnaies : les monnaies yang, utilisées pour les échanges « internationaux » et pour l’accumulation, et une monnaie yin, sous forme de reçus de stockage sur un morceau de poterie – appelé ostracon. Ce reçu pouvait être utilisé comme moyen de paiement, puisqu’il était la matérialisation d’un produit stocké. Et lorsqu’une personne venait chercher son bien, on lui déduisait le prix du stockage : pour 10 sacs de céréales déposés, une personne ne récupérait que 9 sacs au bout d’un an. On est donc bien dans le même système de monnaie « fondante », qui décourage l’accumulation et favorise la circulation.

Pour Bernard Lietaer – et bien sûr il étaye sa thèse -, le fait que le peuple égyptien reconnaisse sa composante féminine – dans sa religion, dans la place qu’il donne aux femmes dans la société ou même à la tête du royaume – va de pair avec un système monétaire double et explique la grande prospérité du royaume, considéré comme le grenier à grains du monde ancien.

Quelle signification de tout cela pour nous aujourd’hui ?

Bernard Lietaer se penche ensuite sur notre époque, pour mettre en exergue certains phénomènes :

  • D’une part, il observe un développement très fort des monnaies complémentaires, pour la plupart des monnaies yin (souvent fondantes comme beaucoup de monnaies locales, toujours centrées sur leur fonction d’échange et donc inutile à stocker comme les monnaies de crédit mutuel utilisées dans les SEL). Ces monnaies viennent compléter le système monétaire actuel, purement yang, et le rééquilibrer.
  • D’autre part, il propose comme lecture des changements en cours qu’un mouvement général de reconnaissance de notre part féminine est en marche. Cela passe notamment par le mouvement des créatifs culturels, et son importance croissante dans la société, ainsi que par l’évolution de conscience qui va avec.

De cela, il tire l’espoir d’un avenir plus conscient, d’une culture intégrant ses 2 côtés masculin / féminin, avec le système monétaire équilibré qui lui correspond et qui nous amène à une société de prospérité.

En conclusion, que penser de ce livre ?

Personnellement, je l’ai lu d’une traite, comme un roman policier ! Il faut rappeler que Bernard Lietaer est un ancien banquier central et ancien trader. On imagine le chemin personnel qu’il lui a fallu faire pour arriver à écrire un livre comme ça ! Je suis étonné par l’ouverture d’esprit dont il fait preuve ici. Un livre audacieux, donc, brillant.

C’est également un livre très étonnant, liant des éléments inhabituels ensembles : la monnaie et la féminité, la prospérité et le système monétaire en place, etc. Et pourtant, malgré son aspect original, son côté alternatif, on sent intuitivement la justesse de tout ce qui est présenté. La lecture n’est pas seulement intellectuelle, le lecteur est rejoint dans sa propre expérience, dans son propre cheminement personnel.

C’est aussi un livre savant tout en étant accessible, liant le passé, le présent et l’avenir. En plus, c’est un livre optimiste, et par les temps qui courent, cela fait du bien !

Un petit point de vocabulaire pour finir : j’ai appris en le lisant le mot de « surestarie », qui signifie le principe de fonte de la monnaie comme l’expliquait Silvio Gesell. On parle aussi de « démurrage ».

« Créer des monnaies par millions », un article du Monde

4 Avr

C’était le 19 août 2009 – période de grande audience, me direz-vous -. Le Monde publiait un long article, sous la plume de Hervé Kempf, sur les monnaies complémentaires, libres, sociales.

On y retrouve le WIR, Bernard Lietaer – version cuistot -, Jean-François Noubel, et des allusions au SEL, au SOL, aux monnaies locales en Allemagne, à ce qu’il s’est passé en Argentine, à ce qu’il se passe au Brésil, etc.

Je l’ai personnellement trouvé intéressant. Le fait que le Monde y consacre un grand article – bon, OK, en plein mois d’août… – est quand même une preuve de plus de l’émergence du mouvement.

Lire l’article Créer des monnaies par millions, par Hervé Kempf, le Monde daté du 19 août 2009

Article Les nouvelles monnaies à l’âge de l’accès – PC Expert – juin 2010

23 Mar

Il y a quelque temps, un ami avait partagé le scan d’un article de PC Expert magazine de juin 2010, avec un dossier spécial sur les monnaies… Il est assez généraliste, mais je vous conseille quand même de le lire, parce qu’il reflète bien la diversité de ce que l’on trouve (j’ai l’impression d’une manière générale que les journaux parlent beaucoup des monnaies locales, mais peu des autres…).

L’introduction parle bien des 3 types de monnaies distinctes dont il a été question il y a quelques temps sur ce blog : commerciales (programmes de fidélité), virtuelles (dans les mondes parallèles créés sur internet) et sociales (dont il est question sur 1001monnaies).

On y retrouve les classiques : SEL, WIR, RES, SOL, Chiemgauer – dont je parlerai bientôt -, mais aussi des systèmes moins connus comme le Saber au Brésil ou Moniba au Mali, et d’autres qui ne sont plus très actifs comme les twollars ou les exploracoeurs sur Twitter.

Télécharger l’article « les nouvelles monnaies à l’âge de l’accès » – PC Expert juin 2010 en cliquant sur ce lien

Merci à Dino d’avoir partagé cet article !

La résilience dans un éco-système monétaire

11 Mar

La résilience est une notion importante à appréhender dans le contexte des monnaies complémentaires. J’ai découvert ce mot d’abord chez Boris Cyrulnik, bien sûr, pour sa composante psychologique, mais je le limitais à ce domaine.

Et voilà qu’en lisant les articles écrits par Bernard Lietaer, je vois resurgir ce concept dans un tout autre environnement.

Il se trouve que Bernard parle souvent de la résilience, dans le contexte économique et monétaire. C’est en quelque sorte la capacité d’un système économique et monétaire d’absorber les chocs. Il fait le parallèle avec une recherche menée par des américains : ceux-ci ont en effet mis en évidence que dans un écosystème naturel, la résilience était directement corrélée avec la complexité du système. Un système complexe se retrouve ainsi plus résilient, mais moins efficace qu’un système simple. Pour faire court (je vous renvoie sur les écrits de Bernard Lietaer et sur l’étude américaine en question), une forêt tropicale attaquée par un parasite absorbera le choc facilement. Une monoculture, comme un champ de maïs, a par contre plus de chance d’être décimée par la même attaque. Certes, le champs de maïs est plus « efficace », mais la forêt tropicale est plus résiliente.

Et Bernard Lietaer fait le parallèle avec un système monétaire. La monnaie unique dans un pays, c’est très efficace et extrêmement pratique, pas de doute là-dessus. Par contre, le moindre choc monétaire se fait ressentir durement (je ne vous fais pas de dessin). Un écosystème monétaire avec plusieurs monnaies (par exemple une monnaie nationale, une monnaie régionale, une monnaie de quartier, des monnaies sur internet, etc.), c’est certes beaucoup moins pratique, mais pour le coup, un choc sur une des monnaies a moins de chance d’affecter les autres, et donc d’affecter les utilisateurs…

Le graphique ci dessous illustre ce propos. On y voit d’une part qu’il y a une opposition entre résilience et efficacité, et d’autre part que pour être vraiment durable, un système doit se situer dans une fenêtre optimale où il est un peu plus résilient qu’efficace.

Et voilà la même chose expliquée par Bernard Lietaer, en 2009 :

Personnellement, quand j’y songe, cela me fait penser à beaucoup de tendances qu’on voit émerger en ce moment, comme la simplicité volontaire, le slow food (et autres slow xxx), qui sont souvent un refus d’une efficacité exacerbée. Il ne s’agit en général pas d’être contre l’efficacité, mais c’est plutôt un choix personnel de vie, d’attitude, pour des personnes qui s’aperçoivent que l’efficacité à outrance n’amène finalement rien de bien.

PS : Merci à Yves pour de m’avoir « audacieusement » envoyer cette vidéo.

Bernard Lietaer

7 Mar

Dans le domaine des monnaies alternatives (complémentaires, sociales, libres, etc.), 2 hommes m’ont plus particulièrement influencé. Il s’agit de Jean-François Noubel, dont j’ai déjà parlé, et de Bernard Lietaer.

J’ai d’abord rencontré Bernard à travers ses écrits. Il partage ses documents, anglais, français et dans d’autres langues, sur son site www.lietaer.com. Je vous reparlerai de ses livres, car je compte fiare quelques fiches de lectures sur ce blog.

Bernard est à l’origine banquier central, en Belgique. Il participe à la création de l’ECU, qui a posé les bases de l’euro. C’est dans ce cadre-là, au cœur du système monétaire, qu’il prend conscience des limites systémiques de la machine et du fait qu’elle ne peut fonctionner sur le long terme. Il décide de démissionner de la Banque nationale de Belgique (la banque centrale belge), et devient consultant et professeur dans plusieurs universités américaines. Il est également trader entre 1987 et 1991, pour un fonds monétaire dédié à l’environnement.

Bernard, par la légitimité qui se dégage de son parcours, par les idées originales qu’il a mises en avant, et aussi par sa simplicité et sa sagesse, est certainement une des personnes les plus écoutées dans le petit monde des monnaies complémentaires. Il intervient régulièrement dans des rencontres, et vous pouvez trouver une multitude de vidéos de lui sur YouTube, Dailymotion et autres (mais la plupart sont en anglais…).

Une petite interview d’octobre 2010 de Bernard Lietaer, assez généraliste et intéressante, où il parle du système monétaire actuel, puis du C3 (dont je dois également parler), du WIR, etc. Entrepremière: Bernard Lietar et les monnaies alternatives – RTBF Economie.

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