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LETS et Time Banks

16 Mai

Historique

Le système des SEL dont j’ai déjà parlé, vient initialement du Canada. C’est en 1983, sur l’île de Vancouver à l’extrême Ouest canadien, que Michael Linton a mis en place le premier LETS – Local Exchange Trading System – qui avait pour vocation de rationaliser le troc entre personnes dans cette région où le chômage sévissait durement.

Cette expérience a finalement fait faillite, mais a eu un retentissement mondial. De nombreux LETS se sont par la suite organisés. C’est ainsi que le premier SEL a été créé en Ariège en 1994, et il y en a aujourd’hui plus de 350 recensés en France.

Les LETS

Un LETS est donc un système d’échange de services et de biens. La communauté s’organise avec un catalogue, où chacun peut inclure ses offres et ses demandes. Les personnes se contactent ensuite quand elles le souhaitent ou qu’elles en ont besoin.

Le système monétaire utilisé est variable selon les LETS :

  • Certains LETS utilisent une monnaie basée sur le temps (une heure de service vaut 60 unités, par exemple) ;
  • D’autres organisent leur monnaie en l’indexant sur la monnaie nationale -mais en fonctionnant sans intérêt -. C’est le propos des LETSystems.
  • D’autres peuvent encore s’organiser différemment… au choix de la communauté.

Le système du Time banking

Même si beaucoup de choses le rapproche du système des LETS, le système du Time Banking est quant à lui beaucoup plus normalisé. La valeur échangée est définie : une heure de service vaut une unité – un time dollar aux Etats-Unis.

Les time banks vont organiser des groupes de volontaires qui joueront volontiers un rôle complémentaire d’agences publiques – services sociaux, de santé, etc. -, là où les LETS seront plus un système à part, souhaitant créer une alternative au système. On aura donc couramment des time banks qui organiseront du bénévolat local – mais pas uniquement, chaque groupe ayant sa propre orientation, sa propre réalité.

Techniquement, les time banks sont organisées avec une personne qui met en relation l’offre et la demande. Si j’ai besoin d’un service, je téléphone à ma banque du temps, qui trouve une personne pouvant y répondre, et qui nous met en relation. Les LETS, comme les SEL en général, fournissent un catalogue, à la charge de chacun de s’organiser.

En général, les time banks embauche au moins une personne – parfois à temps partiel -, ce qui n’est pas le cas des LETS. De plus, les time banks ont un bureau physique là où les LETS n’en ont pas. Elles ont donc souvent besoin de moyens financiers – et de subventions, d’organisation d’événements pour lever des fonds, etc.

Conclusion

J’essaye de catégoriser, de mettre dans des cases 2 systèmes avec 2 histoires différentes. Mais il faut bien voir que selon les terrains, ces différences peuvent être réelles, ou ne pas exister du tout… La diversité et l’adaptation au contexte local restent des clés importantes pour ces systèmes locaux d’échanges.

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Et la Grande-Bretagne, dans tout ça ?

13 Mai

Un mouvement très important est apparu en Grande Bretagne en 2006 : celui des Territoires en TransitionTransition Towns en anglais -, sous le leadership de Rob Hopkins, un enseignant en permaculture. Je vous laisse découvrir ce mouvement très intéressant et son ampleur en France par le site http://www.transitionfrance.fr/.

En très gros, il s’agit d’un mouvement de citoyens qui partent du principe que nous sommes face à 2 événements majeurs qui vont bouleverser nos modes de vie : la fin du pétrole et le changement climatique. On ne peut pas lutter contre ces réalités, et l’idée du mouvement est de les anticiper en s’organisant pour créer des lieux de vie (les fameux territoires en transition) organisés de manière cohérente et résiliente. Il faut pour cela ré-inventer nos modes de production, de consommation, pour qu’ils soient adaptés à ces phénomènes. Cela nous amène à re-localiser beaucoup de choses…

Ce mouvement fonctionne en réseau non-hiérarchique et décentralisé. Il prend de l’ampleur au niveau mondial, un peu partout et y compris en France.

Le point qui m’intéresse ici, vous l’aurez deviné, c’est cet aspect re-localisation de l’économie, qui amène forcément à se poser la question des monnaies, et notamment des monnaies locales. C’est ainsi que 4 villes en transition de Grande-Bretagne ont commencé à émettre entre 2007 et 2009 leur propre monnaie, valable uniquement sur leur territoire. Il s’agit des villes de Totnes (où est né le mouvement), Lewes, Stroud et Brixton (dans la banlieue Sud de Londres).

Les caractéristiques de ces monnaies sont classiques – vous les connaissez bien si vous lisez régulièrement ce blog…- :

  • La monnaie ne peut être utilisée que dans les commerces indépendants du territoire. L’idée est bien d’éviter la fuite de liquidités. Selon une étude de 2002 de la New Economics Foundation, basée à Londres, en moyenne seuls 10 à 12 pennys pour une livre sterling dépensée au supermarché restent dans l’économie locale !
  • Les commerçants sont incités à faire des réductions (ou autres avantages) pour les personnes payant en monnaie locale. Totnes et Lewes ont essayé de rendre ces réductions obligatoires, mais ils ont fait marche arrière, car cela ne fonctionnait pas pour certains commerçants.
  • le Stroud pound est le dernier né (septembre 2009), et est basé sur le même système que le Chiemgauer allemand : quand un consommacteur l’achète sur la base de 1 pour 1, 3% de la somme est reversée à une association locale. Il y a une taxe de 5% pour les commerçants souhaitant l’échanger contre des livres sterling, et la monnaie « fond » trimestriellement pour 3% de sa valeur.
  • Pour les 3 autres, le système est plus simple : on échange la monnaie sur la base de 1 pour 1, et elle peut être convertie en livres sterling dans quelques points de vente précis – sans taxe.
  • Comme vous pouvez le voir en ce qui concerne le Brixton Pound, son design est assez flash ! L’accent est très fortement mis sur l’identité locale, puisqu’il s’agit de « héros » du quartier.
  • Une curiosité : le Lewes pound se décline sous la forme de billets de 1, 5, 10 et… 21 livres…

Monnaies locales : France 12 – Allemagne 65 !

10 Mai

Si la France a déjà un certain nombre de monnaies locales en préparation et en action, elle n’est qu’un petit nain comparé à l’Allemagne… A ce jour, 65 projets de monnaies locales sont en cours, dont 28 actifs – le plus vieux date de 1998, à Bremen (encore en activité). Au total, ce sont près de 900 000 EUR qui sont en circulation en monnaie locale sur toute l’Allemagne – bon, OK, ce n’est pas grand chose, mais vous avez bien compris que je pense qu’on n’est pas à l’abri d’un effet boule de neige et d’une croissance exponentielle -. 55% de ces systèmes sont des monnaies fondantes, certaines sont adossées à l’euro, d’autres non… Bref, une belle diversité ! Le secteur est en train de connaître des phénomènes de fusion et d’alliances entre systèmes, et tout ce mouvement essaye de s’organiser – site internet fédérateur, mise en commun des expériences et des outils, réflexion commune… -.

Mais de cette profusion ressort une monnaie qui est la plus connue et la plus développée : le Chiemgauer, né en 2003 dans la région de Prien en Bavière. Elle a été créée par les élèves de l’école Waldorf et leur professeur d’économie, Christian Gelleri (une interview en français de Christian Gelleri de décembre 2008). D’une simple expérimentation au départ, le projet a pris beaucoup d’ampleur, jusqu’à faire des émules, et devenir une expérience internationalement reconnue.

Comment ça fonctionne ?

Le chiemgauer est une monnaie papier, adossée à l’euro. Les billets sont émis par l’association qui gère la monnaie. Ils sont vendus à 97 EUR pour un 100 chiemgauer (CH) à des associations sportives ou sociales de la ville. A leur tour, ces associations vendent aux consommateurs ces billets, à 100 EUR pour 100 CH. C’est donc pour les citoyens un acte militant : ils savent qu’en utilisant le chiemgauer plutôt que l’euro, non seulement ils favorisent l’économie locale, mais en plus, ils financent les associations de leur territoire.

Nos citoyens-consommacteurs vont donc acheter dans les commerces locaux ce dont ils ont besoin. Les commerçants ont le choix entre continuer la chaîne en utilisant ces chiemgauers pour eux-mêmes consommer localement, ou bien les changer en euros, avec une pénalité de 5% – un billet de 100 CH étant changé contre 95 EUR. Les 2 euros de marge servent à financer le fonctionnement de l’association Chiemgauer. Et les commerçants payent ainsi 5% le service rendu par la monnaie locale, à savoir rediriger la consommation vers leur boutique plutôt que vers les supermarchés ou les chaînes. Système simple où tout le monde est gagnant.

Et bien entendu – mais vous connaissez le système maintenant – le chiemgauer est une monnaie fondante, qui perd 2% de sa valeur faciale chaque trimestre. Résultat : un chiemgauer circule en moyenne 20 fois dans l’année, contre 3,5 fois pour un euro. 6 fois plus de transactions en monnaie locale… bel exemple de vélocité de la monnaie !

Résultats et développement

Le système, outre son essaimage et son rayonnement, continue sa croissance et ses expérimentations :

  • 582 000 chiemgauer en circulation (sachant qu’il y a l’équivalent de 900 000 EUR en monnaie locale en circulation en Allemagne, je ne vous fais pas un dessin sur le poids de cette monnaie particulière dans le secteur…) ;
  • 3000 utilisateurs particuliers, qui consomment auprès de 600 commerces ;
  • Le système a permis de financer à hauteur de 170 000 EUR les associations locales ;
  • Ils ont créé dernièrement une alliance avec sterntaler, une autre monnaie locale voisine, ce qui a porté le réseau à 820 commerces au total ;
  • Ils ont développé dernièrement une offre de microcrédit en chiemgauers et en euros : ils ont déboursé près de 500 000 EUR, dont 1/3 en chiemgauers.
  • (ce sont les chiffres que j’ai récupéré à Lyon lors de la conférence sur les monnaies sociales et complémentaires en février 2011).

Banco Palmas et le mouvement des banques communautaires au Brésil

3 Mai

La Banco Palmas, c’est l’histoire extraordinaire d’une favela de la ville de Fortaleza. Grâce à un mouvement communautaire, les habitants de la favela se sont pris en main, ont assaini le quartier, se sont organisés pour obtenir l’eau courante, etc. Toute cette histoire est relatée dans un livre passionnant, Viva Favela !, qui est sorti en octobre 2009.

Cette histoire m’intéresse car dans le processus qui les a amené à s’organiser, les habitants du Conjunto dos Palmeira ont créé une banque locale qui était au démarrage une institution de microfinance classique. Mais la réflexion des habitants, menés par Joaquim Melo, les a amené à se rendre compte que le problème principal, qui les empêchait de sortir de la pauvreté, c’était la fuite de la monnaie hors de la favela. En effet, de nombreux habitants ont un travail et un petit salaire, mais ils le dépensent hors de la favela. Cela fait que le quartier reste un endroit sous-monétarisé, et les commerçants locaux manquent de clients, de liquidités, etc.

Ils ont donc créé leur propre monnaie, le Palma, à parité avec le real. Et la banque Palma propose donc des microcrédits d’investissement, en real, avec un taux d’intérêt, et des microcrédits de consommation, en palma, à 0%. Les palmas ne peuvent être dépensés que chez les commerçants du quartier, ce qui, comme les monnaies locales, privilégie les échanges économiques dans le quartier.

Courte émission sur la Banco Palmas, France 24

La Banco Palmas a de plus créé plusieurs entreprises locales, des centres de formation, etc.

Cette initiative, qui a failli être étouffée par la Banque centrale du Brésil, bénéficie maintenant de son soutien. De nombreuses banques communautaires voient le jour au Brésil et au Venezuela, sur le modèle de la Banco Palmas.

Personnellement, je connais bien la microfinance. Je suis persuadé que les liens entre la microfinance et les monnaies complémentaires sont multiples, et pleins de sens, mais étonnamment, il y en a très peu. Je ne connais que le système des banques communautaires, et j’ai appris depuis peu que le chiemgauer avait créé un système de microcrédit en monnaie locale. Mais c’est tout ! J’espère qu’à l’avenir, le secteur de la microfinance sortira un peu de ses rails et deviendra un peu plus créatif, en s’inspirant de ce qui se fait avec des monnaies complémentaires…

La multiplication des monnaies locales en France

29 Avr

En plus des abeilles et de l’occitan, les monnaies locales continuent leur diffusion en France… Le mouvement, qui est promu notamment par Philippe Derruder, prend de l’ampleur. Il est initié en général par des associations locales, et parfois par des collectivité – comme à Toulouse, Nanterre, ou Fontainebleau.

  • D’ici quelques semaines, la Mesure circulera à Romans Bourg de Péage
  • La Commune est en mode pilote à Roanne
  • Les lucioles en Ardèche devraient s’envoler d’ici peu
  • Toulouse met en place le SOL Violette, en mai, avec une quarantaine de commerces…
  • Angers prépare également une monnaie locale, l’écHo. Quelques articles à propos de la préparation de ce projet.
  • A Aubenas, c’est la Bogue qui se prépare
  • En Lorraine, le Déodat est en cours d’élaboration.
  • Annemasse, le Havre, Nanterre, Fontainebleau, etc. sont en pleine définition de projet…

On devrait bientôt arriver à avoir une monnaie par ville, à ce rythme-là !! Par contre, je me demande quel volume va atteindre chacune de ces monnaies. Vont-elles rester un peu confidentielles, limitées à quelques militants ? C’est probable pour la plupart d’entre elles…

A noter qu’un très bon site s’est ouvert sur le sujet des monnaies locales en France, vous pouvez y trouver beaucoup d’informations : http://monnaie-locale-complementaire.net/. Il est en cours de rassemblement de contenu. Si vous avez des informations sur des projets locaux, n’hésitez pas à prendre contact avec eux pour qu’il devienne un site de référence sur le sujet !

Une monnaie mondiale

19 Avr

TxtEagle est une société américaine, qui s’est montée sur un business très particulier. Elle a créé des partenariats avec des opérateurs de téléphone mobile dans plus de 100 pays, essentiellement des pays émergents, et elle organise des sondages par SMS pour des opérations marketing ou -mieux- pour des enquêtes ou des recherches de terrain. Elle prétend avoir ainsi potentiellement accès à une population de 2,1 milliards d’individus !

Le point intéressant, c’est que TxtEagle rémunère les personnes participantes par des minutes de temps de communication sur leur mobile. Nous voilà donc bien face à une monnaie !

Cette société est un exemple – un bel exemple – de monnaie complémentaire : une communauté accepte des minutes de communication mobile comme moyen d’échange. Il est clair que dans les pays émergents, où l’argent (billets ou moyens de paiement) manque souvent, un moyen aussi fluide que les minutes de communication mobile est extrêmement pratique. J’ai mon compte bancaire dans ma main, je peux le consulter à tout moment, payer quelqu’un en minutes de communication (par un transfert de minutes d’un téléphone à l’autre), etc.

L’épopée du trueque argentin

18 Avr

Les clubs de troc (qui ne sont ni des clubs, ni du troc !, dixit Heloisa Primavera, qui a été très impliquée dès le début dans l’aventure) sont nés dès 1995 en Argentine. Il s’agit plus ou moins de la création de marchés locaux où les denrées et les services s’échangent avec une monnaie complémentaire, le credito.

Vous devez vous souvenir de la crise extraordinaire, à la fois politique et financière, qu’a traversé l’Argentine en 2001 ? Beaucoup d’argentins ont à ce moment-là tout perdu… Logiquement, cela a été le pic d’utilisation des clubs de troc : 2,5 millions de personnes vivant grâce à ce système !

Malheureusement, la montée en puissance de ces clubs a été trop rapide, et de nombreuses malversations vont entraîner leur chute brutale… A partir de 2002, la surémission de creditos conduit à une inflation galopante, les clubs connaissent des histoires de corruption, d’abus de pouvoir, etc. Ils vont quasiment disparaître en quelques mois.

Je vous conseille de lire la newsletter de TAOA sur le sujet, ainsi que tous les articles qui y sont rattachés (les liens sont dans la newsletter). TAOA a mené l’enquête sur place, de novembre 2010 à janvier 2011, et nous met à disposition leurs découvertes – merci notamment pour tous les non-hispanophones ! Ces articles nous permettent de revivre tout ce mouvement extraordinaire, qui donne à réfléchir aujourd’hui, autant dans sa croissance que dans sa chute.

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